Après un arrêt buffet à Dabra-Birham, nous prenons la route pour Ankober, petit village, qui fut par le passé, la capitale des rois du Choa. Sur un éperon rocheux, on peut encore y voir les derniers vestiges de sa grandeur passée. Les ruines du château de Ménélik voisinent aujourd’hui avec l’Ankober Palace Dodge. Du pied de ce piton,une vue splendide, grandiose, sur le lointain pays afar, nous est offerte

ankob145 Kms de piste sinueuse, panoramas grandioses, contrastes, diversités des sommets bleutés, de belles vallées, d’une campagne luxuriante aux patchworks du vert tendre au plus soutenu, camaïeu de bruns clair au plus foncé, presque noir, en passant par l’or pâle des champs ondulants d’orge, tef ou sorgho, les forêts d’eucalyptus vert de gris, de sapins sombres, ruisseaux, rivières serpentant dans les collines. Quelques singes «colobes ou guéréza » vêtus d’une houppelande de poils blanche et noire, à la queue touffue, nous feront l’agréable surprise de nous offrir une belle séance de voltige.

Hommes, femmes, enfants, ânes, très chargés, rentrent du marché. Ils escaladent les éboulis, les chemins abruptes à travers les collines, pour rejoindre leur village, sous une chaleur écrasante et pourtant nous les entendons chanter…

Ici et là des hameaux de toukouls avec la particularité de leurs murs en pierres sèches récupérées à proximité, dans de vastes et surprenants champs de pierres debout.

ankob2Kum, Kum… (stop), les paysages époustouflants nous obligent à de fréquents arrêts-photos. Vous le savez déjà, Claude a l’art de saisir l’opportunité, la bonne lumière, le regard. Thierry progresse près du « Maître», moi, j’essaie !!! C’est aussi l’occasion de distribuer crayons de couleur ou stylos bille à la ribambelle d’enfants qui viennent vers nous, sortis d’on ne sait où, curieux, craintifs parfois, ils nous gratifient de leur merveilleux sourire.

Mais l’une de nos plus belles rencontres de ce séjour apparaît… Sur le chemin, une belle jeune femme, un lourd fardeau sur le dos, nous adresse un charmant et encourageant sourire. HOÏTA-MARYAM rentre du marché après avoir cheminé plus de deux heures et demi durant. Geneviève engage le dialogue. Les nombreux enfants du hameau viennent l’entourer. Elle nous dit en avoir 6 à elle. Hoïta s’intéresse à notre venue dans son pays. Ketema, notre très sympatique guide et chauffeur, se fait aussi notre interprète. La piste vers Ankober est sans issue, Hoïta sait donc que nous reviendrons sur nos pas et chaleureusement nous invite à venir partager le café dans sa maison !!!

100_7148Sur le retour, nous nous rendons à son invitation avec plaisir. Emus, nous pénétrons dans une petite cour entourée de murets de pierres. Hoïta nous accueille avec beaucoup d’attentions. Plusieurs adultes amis ou de sa famille sont là, ainsi qu’une bonne douzaine d’enfants de quelques mois à 7 ou 8 ans, craintifs ou curieux, souriants, pieds nus ou quelques uns chaussés de bottes crasseuses tout comme leurs vêtements couleur terre. Hoïta nous fait l’honneur de découvrir un premier « toukoul », très sombre, où nous devinons ce qui nous semble être des couches surélevées du sol , le tout d’un dénuement extrême, au milieu les braises rougeoyantes du foyer. Nous entrons dans le second, plus clair, tout juste meublé d’une étagère, de 2 petites tables basses faites de planches brutes, de sièges en terre adossés aux murs, celui recouvert de peau nous est réservé !. C’est là que nous rejoint son mari, Takele Mickaël accompagné de quelques amis tous aussi souriants.

100_7182Il est très chaleureux, il tient à nous offrir le meilleur, la seule bouteille de jus d’orange, insiste pour nous faire goûter l’ »araki » (alcool local) nous n’y tremperons que le bout de nos lèvres, c’est vraiment très fort…Une des fillettes nous apporte une assiette de graines grillées qui ressemblent à des fèves. Hoïta arrive avec un grand pain posé sur un plateau rond, elle l’avait préparé pour le lendemain dimanche. Takélé en découpe de nombreuses parts et généreusement nous invite à le partager ! L’aînée des fillettes arrive avec un modeste plateau sur lequel 7 ou 8 tasses qu’elle entreprend de laver devant nous  : un peu d’eau contenue dans une boîte de conserve, versée dans une 1ère tasse, elle touille, elle en fait le transfert d’une tasse à l’autre, un rinçage collectif va suivre. Il faut nous souvenir qu’il faut aller chercher l’eau très très loin. Hoïta nous sert le café déjà sucré avec une générosité incroyable, qui nous émeut vraiment.

pict0735Les photos souvenir sont indispensables, il nous faut immortaliser ces moments exceptionnels. Nos hôtes sont heureux et fiers de poser seuls et avec nous tous et c’est réciproque. Promesse leur est faite de leur faire parvenir quelques clichés. Notre guide promet, nous savons qu’il tiendra parole.

Ketema se fait le traducteur de notre plaisir d’être des leurs, de notre émotion, de notre gratitude.

C’est avec regret que nous devons quitter cette famille… une autre culture, un autre monde, mais tellement généreux…. Ils ont si peu, et ce peu ils n’hésitent pas à le partager…Une bonne leçon d’accueil, de générosité…Une merveilleuse rencontre que nous n’oublierons pas de si tôt….

Tous nous accompagnent jusqu’à notre 4×4. Nous nous congratulons avec émotion. Nous reprenons notre route, un temps silencieux avant d’échanger nos impressions.

Au revoir Hoïta, au revoir Takélé, vous resterez un magnifique souvenir.

Jeannette Ginguené.<–>